Brazzaville face au défi de l'assainissement : Une urgence scientifique, une mission pour le PISC

Découvrez comment le PISC transforme la science en action à Brazzaville. Entre lutte contre le paludisme et protection des nappes phréatiques, nos bénévoles se mobilisent sur le terrain pour assainir nos rues. Un article qui décrypte les enjeux sanitaires et salue l'énergie de ceux qui font bouger les lignes pour un Congo plus sain.

12/10/20254 min read

Brazzaville est à un tournant. L'extension rapide de la ville met sous pression des infrastructures déjà fragiles et expose une grande partie de la population à des risques sanitaires évitables. Pour le Public Interest Science Center (PISC), l'assainissement n'est pas un simple enjeu d'image : c'est une nécessité technique et sanitaire qui demande des réponses coordonnées, fondées sur des données et sur l'action de terrain.

L'urgence épidémiologique

L'impact de l'insalubrité sur la santé publique à Brazzaville est étayé par des chiffres alarmants. Selon les données du Ministère de la Santé et les observations de l'OMS, le paludisme demeure la première cause de morbidité dans le pays, représentant environ 54 % des motifs de consultation et 40 % des hospitalisations.

Scientifiquement, ce chiffre est directement corrélé à l'état de nos caniveaux. L'obstruction des réseaux de drainage par les déchets plastiques crée des poches d'eau stagnante. Ces écosystèmes artificiels deviennent des gîtes larvaires privilégiés pour l'anophèle, le moustique vecteur du paludisme. En nettoyant les rues, les volontaires du PISC ne retirent pas seulement des ordures ; ils détruisent physiquement les foyers de propagation de la maladie la plus meurtrière de notre région.

Au-delà du paludisme, l'absence d'assainissement systématique favorise une crise silencieuse liée aux maladies hydriques. Les études sur la gestion des déchets à Brazzaville révèlent que près de 40 % de la population a recours à des décharges sauvages. Ces amas de déchets libèrent des lixiviats — des liquides toxiques qui s'infiltrent dans le sol et contaminent les nappes phréatiques. Cette pollution souterraine est la cause directe de la persistance de maladies telles que la fièvre typhoïde et les diarrhées infectieuses, particulièrement chez les enfants de moins de cinq ans. En intervenant sur les points noirs de pollution urbaine, le PISC agit comme une barrière sanitaire, empêchant la contamination bactériologique de nos ressources en eau.

Mécanismes environnementaux et conséquences

L'obstruction des réseaux de drainage par des déchets solides, notamment plastiques, empêche l'écoulement normal des eaux de pluie. Les poches d'eau qui en résultent servent de gîtes larvaires. Parallèlement, les décharges non contrôlées produisent des lixiviats qui s'infiltrent et contaminent les nappes phréatiques. Cette double dynamique — vecteurs en surface et pollution chimique en profondeur — explique la persistance de maladies à la fois aiguës et chroniques.

Les conséquences sont multiples : augmentation des consultations médicales, baisse de la productivité, dépenses de santé plus élevées pour les ménages et pression accrue sur les structures hospitalières. À long terme, la dégradation des ressources en eau compromet le développement urbain et la qualité de vie.

Le rôle du PISC : science et action

Le PISC se positionne comme un trait d'union entre la recherche et l'intervention. Son approche combine collecte de données, cartographie des points noirs, actions de nettoyage ciblées et sensibilisation des riverains. Sur le terrain, les équipes identifient les zones où l'intervention aura le plus d'impact immédiat sur la réduction des risques sanitaires, puis mesurent les effets de ces actions pour ajuster les méthodes.

Rien de tout cela ne serait possible sans la force extraordinaire de nos volontaires bénévoles. Là où les statistiques montrent l'ampleur du problème, nos bénévoles apportent la solution par l'énergie humaine.

Cette démarche scientifique appliquée permet de prioriser les interventions : nettoyer les caniveaux stratégique, réhabiliter un point d'eau, ou organiser des campagnes de ramassage de déchets dans les quartiers à forte densité. Le PISC travaille aussi à documenter les résultats pour informer les autorités locales et les bailleurs, afin que les actions ponctuelles puissent s'inscrire dans des politiques publiques durables.

Mobilisation citoyenne et volontaires

Les opérations d'assainissement menées par le PISC reposent largement sur l'engagement des volontaires. Nous tenons à saluer officiellement les efforts de ces hommes et femmes. Leur dévouement sur le territoire national est la preuve que l'engagement citoyen peut transformer la santé d'une nation. En mettant leur vigueur au service de l'intérêt public, ils ne font pas que ramasser des déchets : ils sauvent des vies. Votre énergie est le moteur du changement, et le PISC est fier de compter sur une telle force vive.
Ces hommes et femmes, parfois issus des quartiers concernés, apportent une connaissance du terrain et une énergie indispensables. Leur présence facilite l'acceptation des actions et renforce la responsabilité collective.

Le travail des volontaires ne se limite pas au ramassage des déchets : il inclut la sensibilisation des habitants aux bonnes pratiques, la promotion du tri à la source et la participation à des campagnes d'information sur la prévention des maladies. Ces efforts locaux contribuent à changer les comportements et à créer des dynamiques de prévention durable.

Recommandations et perspectives

Pour transformer les interventions ponctuelles en progrès durables, plusieurs axes doivent être renforcés :

  • Coordination institutionnelle : mieux articuler les actions des collectivités, des services de santé et des organisations de la société civile pour éviter les doublons et maximiser l'impact.

  • Investissements ciblés : prioriser la réhabilitation des réseaux de drainage et la gestion des points d'évacuation des eaux pluviales.

  • Gestion des déchets : développer des solutions locales de collecte et de valorisation, réduire les décharges sauvages et encourager le tri.

  • Suivi scientifique : maintenir des dispositifs de surveillance pour mesurer l'effet des actions sur l'incidence des maladies et ajuster les stratégies.

  • Renforcement des capacités : former des équipes locales à l'entretien des infrastructures et à la conduite d'actions d'assainissement.

En conclusion, l'assainissement sur l'étendue du territoire est d'abord un enjeu de santé publique. Les interventions du PISC illustrent comment des actions simples, bien ciblées et appuyées par des données, peuvent réduire des risques majeurs. La mobilisation des citoyens et la mise en place de politiques cohérentes restent indispensables pour transformer ces initiatives en progrès durables.

Sources et Références:

  • Ministère de la Santé et de la Population (Congo) : Rapports annuels sur l'incidence du paludisme et profil épidémiologique (2023-2024).

  • Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : Directives sur l'assainissement et la santé publique en milieu urbain tropical.

  • European Scientific Journal (ESJ) : Étude sur la gestion des déchets solides ménagers et vulnérabilité environnementale à Brazzaville.

  • Banque Mondiale / AFD : Rapports sur la gestion des eaux pluviales et les risques d'inondation en Afrique Centrale.

  • ResearchGate : Analyses hydrogéologiques de la contamination des nappes phréatiques en zone urbaine congolaise.